Nous avons plusieurs fois évoqué dans nos articles les vicissitudes des compagnons du Prophète, leurs meilleurs et mauvais jours. Leurs imperfections sont pour nous un des meilleurs moyens de nous identifier à eux et de trouver en eux de vrais modèles atteignables.
Le contexte : Al-Hudaybiyya
Nous sommes en l’an 6 de l’Hégire. Le Prophète ﷺ et ses compagnons se dirigent vers La Mecque pour effectuer la ‘Umra. Ils sont arrêtés à Al-Hudaybiyya par les Quraysh. Suhayl ibn ‘Amr est envoyé pour négocier un traité. Il refuse d’écrire « Bismillahi rahmani rahim » et refuse de reconnaître Muhammad comme Messager d’Allah. À chaque concession, les croyants sont bouleversés. Ils se sentent humiliés, diminués.
‘Omar ibn Al-Khattab doute
‘Omar, lui-même, le futur Calife, l’homme à qui le Prophète ﷺ avait dit que le diable fuyait son chemin — ‘Omar doute. Il explique : « Par Allah, je n’ai douté depuis ma conversion en dehors de ce jour-là ! »
Il se rend alors auprès du Prophète ﷺ et lui demande avec une franchise totale :
« Ô Messager d’Allah ! N’es-tu pas le prophète d’Allah ? Ne sommes-nous pas sur la vérité et nos ennemis dans l’erreur ? Pourquoi donc se rabaisser dans ce qui touche à notre religion ? »
‘Omar ibn Al-Khattab
Et le Prophète ﷺ lui répond avec une sérénité absolue :
« Je suis bien le Messager d’Allah. Je ne Lui désobéirai jamais et Il me fera triompher. »
Le Prophète ﷺ
Abu Bakr, le rempart
Insatisfait, ‘Omar se rend auprès d’Abu Bakr As-Siddiq. Et Abu Bakr, lui, ne vacille pas d’un millimètre. Il dit à ‘Omar :
« Attache-toi à ses étriers jusqu’à ta mort ! Par Allah, il est sur la vérité ! »
Abu Bakr As-Siddiq
La fraternité dans la foi, c’est ça aussi : quelqu’un qui tient debout quand tu chancelles. Quelqu’un dont la certitude devient un appui pour ta propre foi.
La suite : une victoire déguisée
« Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. »
Sourate Al-Baqara, 2:216
Ce traité que les compagnons vivaient comme une humiliation ? Allah l’a qualifié de « victoire éclatante » dans le Coran (Sourate Al-Fath). Il a ouvert la voie à la conquête de La Mecque deux ans plus tard et à l’islamisation de l’Arabie entière.
Ce que cette histoire nous dit
Elle nous dit que le doute n’est pas une honte. Même les plus grands ont douté. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’on fait de ce doute. ‘Omar n’a pas fui — il a cherché. Il est allé vers le Prophète ﷺ, puis vers son frère Abu Bakr.
Elle nous dit aussi que nous avons besoin les uns des autres. La foi solitaire est fragile. La foi fraternelle est une forteresse. Et elle nous dit enfin que la sagesse d’Allah dépasse infiniment notre compréhension.