Rentrée 2026/2027
Pourquoi ton discernement vaut mieux que ta to-do list
3h45 du matin
Habiba tourne et se retourne dans son lit depuis une heure. L'écran de son iPhone illumine le bout de son visage qui dépasse de sa couette. Ses yeux, tellement concentrés, peinent à cligner. Des milliards de questionnements envahissent son esprit : cette nouvelle année qui arrive, cette licence en sociologie en ligne qu'elle vient de commencer à la même université que son fils.
Et toutes les questions commencent par la même chose : Est-ce qu'il est possible de...
Elle se demande si la soupe et la sauce tomate peuvent se conserver dans des sacs à congélation. Comment caser ses révisions de Quran sans que ça fasse « caser ». « Ma priorité est mon dîn, puis c'est une source de baraka... ce que je vais caser c'est les repas, pas mon Quran. »
Elle répète ses règles comme des phrases mnémotechniques, pour se forcer à ne pas perdre le nord. Mais ses réflexions sont parfois submergées par les comparaisons nocives : ces femmes qui sont à l'aise dans leur organisation, qui ne suent pas, qui mangent des brocolis cuits à la vapeur, et qui à cette heure-ci sont déjà dans leur « phase de sommeil réparateur ».
Elle jette un coup d'œil aux 104 pages web ouvertes sur son téléphone et se tourne dans son lit en poussant un grand soupir : « A3oudhoubillah min shaytan arrajim. »
C'est toi, ça ?
Peu importe qui tu es, étudiante, mère de famille, jeune fille, femme qui recommence, tu te reconnais peut-être un peu dans Habiba. Pas forcément les 104 onglets ou la licence en ligne, mais cette sensation : l'angoisse avant l'heure, le surmenage qui vient d'avance, les comparaisons, la pression.
Il y a autant de manières d'appréhender la rentrée qu'il y a de femmes.
Certaines continuent simplement ce qu'elles ont mis en place depuis des années. L'éducation, les aptitudes, les habitudes, il y a tant de raisons à cela. D'autres ne préparent rien du tout. Elles laissent venir.
Pour d'autres encore, la rentrée est synonyme de chance, d'opportunité, de reset. On y place de grands espoirs, des revanches sur ce qui a été manqué. Et bien souvent, l'enthousiasme est frère du surmenage, du stress, de l'épuisement qui suit.
Il n'est pas question de dénigrer celles qui comme Habiba sont prises d'angoisse, ni de faire l'éloge de celles pour qui tout s'écoule naturellement. Il est question de questionner plutôt le fond et la forme de ce qui sera entrepris.
Et pour cela, il faut commencer par l'essence même des actions et des objectifs.
Les trois vraies questions
1. Pourquoi je fais tout ça ?
Avant la to-do list, avant les horaires, avant même de te demander « suis-je capable ? », il y a cette question : pourquoi ?
Pourquoi tu prends cette licence ? Pourquoi tu retournes à l'école maintenant ? Pourquoi tu veux t'organiser différemment ? Qu'est-ce que tu cherches à faire, à prouver ? Pour qui ?
« Les actions ne valent que par l'intention. »
Le Prophète ﷺ
Ton intention n'est pas un détail. C'est le fondement. Parce que c'est elle qui va te tenir quand tu seras fatiguée. C'est elle qui va clarifier ta to-do list d'un coup.
Et parfois, en répondant à cette question sincèrement, la liste se met soudain à s'éclaircir, à se raccourcir. Certaines choses qui semblaient essentielles deviennent superflues. D'autres qui semblaient impossibles deviennent évidentes.
Que cela t'apportera-t-il, à toi ? À ta famille ? À ta communauté ?
2. Connais-toi toi-même
Il faut maintenant te parer d'une chose : la connaissance de soi. Pas celle qu'on vend sur les réseaux sociaux, celle qui est vraie. Celle qui te permet de mesurer tes capacités réelles, tes motivations, tes failles, tes challenges.
Parmi les plus grandes erreurs que l'on fait : confondre la volonté et la capacité.
« J'aimerais tellement être médecin... » — oui, bien sûr. Mais quelle est ta réalité ? Pythagore pour toi ça doit être un artiste célèbre ? La biologie rime avec l'odeur nauséabonde des grenouilles disséquées en classe de quatrième ?
Il faut se rendre à l'évidence. Une évidence qui ne rend rien impossible. Elle permet juste d'orienter tes choix d'études, de vie, ta santé, ta personnalité. Ce qui est beau pour les autres n'est pas forcément beau pour toi.
« Allah n'impose à aucune âme une charge plus lourde que ce qu'elle peut porter. »
Sourate At-Talaq
Cela signifie que tes limites ne sont pas une punition. Elles sont une miséricorde. Elles sont les paramètres de ta vie, pas les barreaux d'une prison.
Si tu as une mémoire moyenne mais que tu as une discipline de fer, tu seras une meilleure étudiante qu'une fille avec une mémoire d'éléphant mais qui n'ouvre jamais un livre. Si tu peux étudier 2 heures par jour régulièrement, c'est plus précieux que 8 heures d'étude chaotiques une fois par mois.
L'idée que tu te fais d'être étudiante, de mère, de femme accomplie, elle ne sera jamais similaire à celle de cette fille sur Instagram. Tu seras à la hauteur de tes capacités, dans ton organisation, avec ta méthode.
Et c'est magnifique, ça.
3. Comment je le fais ? Entre confiance et doute
Maintenant, tu sais pourquoi tu le fais. Tu sais ce dont tu es capable. Mais comment trouver l'équilibre ?
Parce que c'est un équilibre. Pas trop haut, pas trop bas.
D'un côté, il y a ceux qui te disent : « Crois en toi ! Tu peux tout faire ! » Et tu finis par te faire du mal, par en demander trop à ton corps, à ton esprit, à ton temps.
De l'autre côté, il y a le doute permanent : le syndrome de l'imposteur qui te murmure « tu n'es pas à ta place, tu ne feras jamais assez, pourquoi toi ? »
Mais ce doute ? Il peut aussi être une bénédiction. Il t'empêche de sombrer dans le vide de l'arrogance. Il te garde humble. Il te rappelle que tu dois travailler.
« Ne vous découragez pas, ne soyez pas affligés, vous serez les plus hauts si vous êtes croyants. »
Sourate Al-'Imran
C'est ça : rester comme la nature de la foi elle-même, entre l'espoir et la crainte. Entre la confiance en soi et le doute de soi. Cette médiane qui rend les choses plausibles. Qui te permet d'être dubitative quant à tes compétences réelles, mais qui ne t'empêche pas de relever des défis primordiaux : l'éducation, l'apprentissage, les responsabilités familiales.
Maintenant, agis
Cet article n'a qu'une seule vocation : te rappeler quelque chose d'important.
Alerter sur la surestimation de soi en cette rentrée. Appeler à la modération, qui est encore une fois relative à ta connaissance de soi. Mais aussi t'inciter à l'action, à répondre à l'appel irrésistible du fameux « j'ai rien à perdre à essayer ». Tout en évaluant bien les risques, bien sûr.
Notre mère Aisha parlait de l'action modeste qui dure, plutôt que du grand effort qui s'interrompt.
À l'époque de la productivité, où tout le monde a quelque chose à dire, à écrire, à montrer, il est plus que l'heure de sortir des sentiers battus.
Il est l'heure d'appréhender cette nouvelle année sous le signe de la maturité. Celle qui reconnaît ses limites, qui récompense ses efforts les plus minimes, qui célèbre la régularité plutôt que l'éclat.
« Les actions les plus aimées d'Allah sont les plus régulières, même si elles sont minimes. »
Le Prophète ﷺ
Alors oui, Habiba avec ses 104 onglets. Oui, toi avec tes doutes à 3h du matin.
Mais demain, tu te lèves. Tu te fixes une intention claire. Tu agis à ta hauteur. Et tu continues.
Sans pression, mais avec discernement et discipline.
C'est ça, une rentrée réussie.
