Plus qu’un livre
Une autre lecture de ce livre qu’on ne présente plus… Et toujours dans l’optique de partage, aujourd’hui on va vous parler du livre « Les Perles Méconnues, recueil de sagesses de l’imam Shafi’i ».
Les soliloques de l’Imam Shafi’i
Si je pouvais renommer ce livre, je l’aurais appelé « Les soliloques de l’Imam Shafi’i », tant on a l’impression qu’il se parle à lui-même.
Ce recueil de sagesses a été pour moi une immersion dans le cœur d’un homme doté d’une forte sensibilité, qui a été blessé, déçu, émerveillé, et qui a fait de multiples deuils en ce qui concerne les humains.
Une école, et des professeurs malgré eux
Il a eu l’intelligence de poser sur papier les leçons qui ont découlé de ses relations humaines, et cela m’a aussi permis de prendre beaucoup de recul sur mes propres expériences. Car parfois nous pensons avoir des problèmes relationnels avec les gens, avoir un vrai problème insurmontable, alors que ce sont en fait des relations des plus normales, à la hauteur de la capacité humaine, ses tortuosités, son authenticité.
L’imam Shafi’i m’a prouvé que nous sommes tous tourmentés par nos liens avec les autres quand nous sommes sincères, car cette vie est une école, et les personnes rencontrées des professeurs malgré eux.
﴾ Les gens sont un mal, et leur mal t’atteint par leur proximité. ﴿
Imam Shafi’i, p. 117
Lorsqu’il écrit cette phrase, il utilise une vérité, mais l’orne de sagesse, en incitant au pardon, à la distance, à la normalisation de cet état de fait, qui permet à l’humain de mieux banaliser l’erreur humaine, de moins idéaliser les autres et ainsi moins garder rancune.
Il fait cela dans chacune de ses sagesses : page après page, on découvre une analyse profonde des états d’âme, comme s’il mesurait l’importance des ressentis et des émotions, tout en donnant un conseil vertueux.
Une confidence en vers
Il se confie à lui-même, en jouant avec poésie. Ses vers, ses rimes, nous entraînent dans ses vicissitudes, car il alterne détermination dans la volonté d’éviter l’ignorant, désespoir dans le fait de trouver la satisfaction des gens, tristesse quant au deuil de l’amitié idéale, ingéniosité pour éviter la polémique, et indifférence quand il s’agit de traiter l’affront des autres.
Il nous parle de sa relation avec le bas monde, de ce qu’on doit réellement attendre de cette vie, de notre recherche de provisions, et de notre besoin constant de patience.
Une vulnérabilité mise à nue
En conclusion, on ressent beaucoup de sincérité à travers la vulnérabilité de l’Imam Shafi’i, qui est mise à nue dans ce recueil, toujours dans mon sac comme un rappel. Un homme fort, dont on connaît le parcours scientifique et historique, mais qu’on découvre à travers ses proses, et dont on était à mille lieues de lui attribuer de telles émotions.
Il m’est arrivé, en le lisant, de me demander ce qui avait bien pu lui arriver pour avoir eu autant mal, ou dire de telles choses, et avoir choisi la solitude. J’ai eu le sentiment qu’il avait eu autant besoin de l’écrire que nous de le lire, et c’est une expérience intense et pleine d’enseignements.
Comme on le disait plusieurs fois dans nos articles, les grands hommes et les grandes femmes de l’Islam ont ces imperfections, cette humanité qui nous les rend plus accessibles, et qui sont donc de réels modèles atteignables au quotidien : la dévotion n’est plus hors de portée.
Aseela
